Carraghénane (E407) : danger ou pas ? Ce que disent l’EFSA et les études
- Les carraghénanes (E407, E407a) sont des épaississants extraits d'algues rouges.
- L'EFSA a rendu leur dose admissible de 75 mg/kg temporaire en 2018, faute de données suffisantes.
- Une étude de 2024 les associe à plus de cancers du sein, sans preuve de cause.
- Prudence : pas tous les jours, et pas dans les laits infantiles dès la naissance selon l'EFSA.
La réponse courte
Les carraghénanes (E407) sont autorisés, mais c’est un additif sous surveillance. En 2018, l’EFSA a jugé les données rassurantes sur la cancérogénicité et la génotoxicité, mais elle a rendu sa dose journalière admissible temporaire, faute de pouvoir mesurer une fraction de l’additif qui ressemble à une substance toxique pour l’intestin chez l’animal. Une étude française de 2024 a aussi associé une forte consommation à un risque plus élevé de cancer du sein. Pas de quoi paniquer, mais une bonne raison de ne pas en consommer tous les jours.
Qu’est-ce que les carraghénanes ?
Ce sont des substances extraites d’algues rouges. Utilisées comme additifs, elles épaississent et gélifient : elles donnent de la tenue aux crèmes desserts, de l’onctuosité aux boissons végétales et retiennent l’eau dans certaines charcuteries. Deux codes existent sur les étiquettes : E407 pour les carraghénanes et E407a pour les « algues Eucheuma transformées ».
On les trouve notamment dans les crèmes desserts et flans, les glaces, certaines boissons et desserts végétaux, les jambons et charcuteries, et des plats préparés. Pour les repérer, lis la liste des ingrédients, voir notre guide des étiquettes alimentaires.
Ce que dit l’EFSA
L’Autorité européenne de sécurité des aliments a réévalué les carraghénanes en 2018. Ses conclusions sont nuancées :
- Côté rassurant : l’additif n’est pas absorbé intact, les études de toxicité chronique chez le rat n’ont pas montré d’effet jusqu’à 7 500 mg par kilo et par jour, et il n’y a pas de préoccupation de cancérogénicité ni de génotoxicité.
- Côté incertitudes : une petite fraction des carraghénanes alimentaires a une taille proche du poligeenane, une forme dégradée qui provoque des lésions de l’intestin et des tumeurs chez l’animal. Or aucune méthode validée ne permet de mesurer cette fraction dans l’additif.
C’est pourquoi l’EFSA a déclaré sa dose journalière admissible de 75 mg par kilo et par jour temporaire, en demandant de meilleures données dans les cinq ans. Elle a aussi constaté que les plus gros consommateurs pouvaient dépasser cette dose jusqu’à environ dix fois dans son scénario le plus prudent, et elle juge déconseillé leur usage dans les laits infantiles dès la naissance.
L’étude française de 2024
La cohorte NutriNet-Santé a suivi 92 000 adultes pendant 6,7 ans en moyenne. Les plus gros consommateurs de carraghénanes avaient un risque de cancer du sein plus élevé de 32 % que les plus petits consommateurs, et de 28 % pour l’E407 seul. C’est une étude d’observation : elle ne prouve pas que l’additif cause ces cancers, et les auteurs demandent que leurs résultats soient confirmés. La même étude a trouvé des associations pour l’E471.
Faut-il l’éviter ?
Aux doses habituelles, rien n’impose de le bannir. Mais entre une dose admissible temporaire, des incertitudes reconnues par l’EFSA et une étude d’association, le principe de prudence plaide pour ne pas en consommer quotidiennement. Les leviers simples :
- Desserts : un yaourt nature ou un dessert maison plutôt qu’une crème dessert industrielle.
- Boissons végétales : compare les listes d’ingrédients, certaines marques n’en contiennent pas.
- Charcuterie : choisis des jambons sans additif épaississant.
Pour les bébés, suis les recommandations de ton pédiatre sur le lait infantile.
Questions fréquentes
Le carraghénane est-il cancérigène ?
L’EFSA n’a pas de préoccupation sur la cancérogénicité de l’additif. En revanche, sa forme dégradée, le poligeenane, provoque des tumeurs chez l’animal, et une étude française de 2024 associe une forte consommation à plus de cancers du sein, sans preuve de cause.
Le carraghénane est-il naturel ?
Il est extrait d’algues rouges, mais naturel ne veut pas dire sans question : c’est la transformation et la taille des molécules qui font débat.
Quelle est la dose maximale ?
75 mg par kilo de poids corporel et par jour, une dose que l’EFSA considère comme temporaire depuis 2018.
Pourquoi en met-on dans le lait végétal ?
Pour l’épaissir et éviter que les particules ne se déposent au fond. Ce n’est pas systématique, d’où l’intérêt de comparer les étiquettes.
E407 et E407a, c’est pareil ?
Ce sont deux formes proches, évaluées ensemble par l’EFSA avec une dose admissible commune.
Les autres additifs de la série : glutamate monosodique, stévia et maltitol.
Nos sources
- EFSA, Re-evaluation of carrageenan (E 407) and processed Eucheuma seaweed (E 407a) as food additives, EFSA Journal, 2018.
- Sellem L. et al., Food additive emulsifiers and cancer risk, PLOS Medicine, 2024.